A la suite de l’invasion de la Pologne par les troupes allemandes le 1er septembre 1939, la France et l’Angleterre déclarent la guerre à l’Allemagne le 3 septembre. La mobilisation générale est décrétée le 2 septembre.
5 millions d’hommes sont mobilisés. La plupart des Rétais réservistes sont affectés au sein du 344ème régiment d’infanterie . Commence alors la « Drôle de guerre ».
- Le 10 mai 1940, l’armée allemande s’engouffre au Luxembourg, aux Pays-Bas et en Belgique.
- Le 14 juin, Paris est occupée
- Le 16 juin, le gouvernement de Paul Reynaud démissionne, remplacé par celui de Philippe Pétain.
- Le 22 juin, l’armistice est signé : les prisonniers de guerre (plus de 1,8 millions) resteront en captivité jusqu’à la signature d’un traité de paix.
Ils sont d’abord hébergés dans des camps en France, les FrontStalags, avant d’être envoyés par train en Allemagne (y compris en Autriche annexée et en Pologne occupée). Par la suite les FrontStalags seront occupés par les prisonniers originaires des colonies (Afrique, Asie, Pacifique), encadrés par quelques Français.
- 250 000 des militaires capturés réussiront à s’échapper avant d’arriver en Allemagne;
- 80 000 parviendront à s’évader durant leur captivité,;
- 51 000 prisonniers français trouveront la mort dans les camps.
- 330 000 prisonniers seront libérés avant la fin de la guerre (pères de famille de plus de 3 enfants, anciens combattants de la première guerre mondiale, malades ou inaptes au travail) ;
- 200 000 deviendront « travailleurs libres » à partir de 1942.
- La politique de la relève initiée par le gouvernement de Vichy (libération de prisonniers en échange de départ de volontaires en Allemagne pour travailler) ne permettra la libération que de 70 000 prisonniers.
En 1945, il restera 945 000 prisonniers de guerre français.
Globalement, la convention de Genève de 1929 a été respectée par les autorités allemandes. Les camps sont gardés par la Wehrmacht (armée de terre) ou la Luftwaffe (Aviation). Pour en consulter un résumé, cliquer ici.
Le territoire allemand est divisé en zones militaires numérotées de 1 à 13 plus 2 pour l’Autriche annexée (17 et 18) et 2 pour la Pologne occupée (20 et 21). A l’intérieur de chaque zone, il y a des Oflags (camp pour officiers) et des Stalags.
Les prisonniers sont avant tout des travailleurs forcés, la plupart sont affectés à des « Kommandos de travail », hébergés soit dans le camp principal (le Stalag proprement dit) soit dans des détachements.
On appelle Arbeitskommando (détachement de travail) un groupe de prisonniers formant unité, dont la Wehrmacht assure la garde et l’entretien, et qu’elle loue par contrat à des employeurs civils ou militaires. Certains sont à la disposition d’un seul employeur ; mais dans la majorité des cas, les PG se dispersent chaque matin vers leurs divers lieux de travail. L’unité du groupe se définit donc essentiellement par l’encadrement et le domicile.
Le contrat engage le stalag à fournir à l’utilisateur un nombre déterminé de prisonniers, il est fixé uniformément pour chaque catégorie d’emploi. En septembre 1943, la main d’œuvre prisonnière bénéficie d’une plus-value correspondant aux besoins des effectifs combattants. Les salaires, sauf dans l’agriculture, sont relevés, et surtout plus différenciés selon l’emploi : un barème les adapte à ceux de la main-d’œuvre allemande, tout en leur restant inférieurs.
Par ailleurs, il ressort des clauses générales que les Allemands tiennent beaucoup aux discriminations. Le salaire d’un prisonnier Soviétique est inférieur à celui d’un Polonais, lui-même inférieur à celui d’un Occidental. Les mêmes différences se retrouvent dans les redevances dues par l’employeur au stalag, et dans les subventions allouées par le stalag à l’employeur (sauf dans l’agriculture) pour la nourriture et le logement. De plus, les Soviétiques seuls sont exclus de la législation sur les accidents du travail. Les camps reversent une petite partie des rémunérations aux PG, le reste allant sur un compte bloqué à leur nom.
Les militaires de l’encadrement doivent non seulement, assurer hors du travail leurs fonctions de garde et d’administration, mais aussi veiller à ce que l’employeur assure au PG « un traitement juste, une nourriture suffisante, un logement décent ». En cas de mauvaise volonté, le stalag se réserve le droit de retirer les prisonniers. Une notice spéciale précise que les civils ne doivent avoir avec les prisonniers que des rapports limités aux besoins du travail, exempts de familiarité comme de rudesse inutile. Les injures et les coups sont interdits.
Les détachements sont classés, par la nature des contrats, en 3 catégories : agriculture, emplois commerciaux ou industriels, administration militaire. À cette dernière catégorie appartient la main d’œuvre louée par le stalag à des corps de troupes pour l’entretien ou l’aménagement de leurs installations : terrains d’aviation, casernements, abris de défense contre avion, etc… Chaque Kommando porte un numéro flanqué de la lettre indicatif du stalag, et des lettres GW (Gewerbe, industrie), HV (Heeresverwaltung, administration militaire), L (Landwirtschaft, Agriculture).
Il est interdit aux prisonniers de rester dormir chez les employeurs, les relations amoureuses avec des femmes allemandes (ou autrichiennes) sont passibles de punitions très graves pouvant aller jusqu’à la peine de mort.
Les officiers, regroupés dans les Oflags, sont dispensés de travail et reçoivent la même rémunération que les officiers allemands de même grade dans la limite de la solde perçue dans leur pays.
Les sous-officiers peuvent refuser de travailler, toutefois les autorités des camps ne l’acceptent pas et beaucoup d’entre eux sont envoyés dans les camps spéciaux de Rawa-Ruska, Kobierzyn, Colditz et Graudenz qui sont de véritables camps de concentration pour prisonniers réfractaires (appel à toute heure, station debout à l’extérieur dans la pluie ou le froid, nourriture en faible quantité, humiliations) tout en bénéficiant de certaines garanties apportées par la convention de 1929. (Edmond Baudry sera reconnu comme déporté, résistant, interné).
Dans chaque camp est élu (ou désigné par les autorités) un homme de confiance, à la fois, maire et délégué syndical de ses codétenus. Des hommes de confiance sont élus également dans chaque baraque et chaque détachement et servent de relais avec l’homme de confiance général du Stalag. Ce dernier est l’interlocuteur privilégié des autorités allemandes et des représentants du CICR et de l’Etat Français. Des aumôniers catholiques et protestants, également prisonniers, sont présents dans les camps et avec les intellectuels et les sous-officiers réfractaires animent un certain esprit de résistance.
Théoriquement chaque camp ne peut accueillir qu’une nationalité ; dans la réalité tous les pays sont représentés ; on trouve dans le même camp des Français, Polonais, Belges, Britanniques, Russes etc…. L’URSS n’ayant pas signé la convention de 1929, ses ressortissants ne sont pas protégés et sont moins bien traités que les autres. A la fin de la guerre, des Américains arrivent dans les camps et bénéficient d’un régime spécial (nourriture, vêtements, liberté) que les autres envient.
L’envoi et la réception de courrier est limité à une à deux lettres, cartes et colis par mois. Les lettres sont visées par la censure. La transmission est souvent assurée par le CICR (Comité International de la Croix Rouge) qui joue un rôle primordial dans le contrôle de l’exécution de la convention de 1929. Un autre organisme créé par l’Etat Français, la mission Scarpini, (officiellement Service Diplomatique des Prisonniers de Guerre) visite régulièrement les camps pour veiller au respect des conditions de vie des prisonniers.
La nourriture est un souci constant, les repas fournis par les autorités sont souvent pauvres et chiches. Les rations alimentaires théoriques s’établissent ainsi ; par homme et par semaine, pain : 2 425 g ; viande (cheval ou abats) : 250 g ; graisse : 218 g ; pomme de terre : 2 800 g ; farinacé 150 g ; sucre : 175 g ; marmelade : 175 g ; fromage, légumes : « suivant les arrivages ».
Heureusement dès l’été 1940, les colis envoyés par les familles, par la Croix-Rouge et le gouvernement français permettent d’améliorer l’ordinaire. A Ars une commission est créée pour confectionner et envoyer les colis avec la participation des épouses ou mères des PG. Le Conseil municipal décide d’ouvrir un livret de caisse d’épargne à chacun des PG.
Les distractions sont organisées et favorisées dans les camps principaux : sport, théâtre, musique, conférences rythment la vie des prisonniers. Des journaux sont édités, sous le contrôle des autorités allemandes, des bibliothèques correctement dotées, des diplômes universitaires, reconnus après la guerre seront délivrés à la suite de cours proposés par des professeurs d’université prisonniers.
Mais l’obsession d’un prisonnier reste la libération, l’évasion. La convention de 1929 n’autorise que des peines disciplinaires pour les tentatives d’évasion. Beaucoup ont essayé et rêvé de s’échapper, peu y sont parvenus. (Voir le récit de l’évasion de Jean Caillaud).
Le service médical est assuré par des médecins français, prisonniers, et disposant de peu de moyens pour soigner les malades les plus gravement atteints. Ils sont contrôlés par un médecin-chef allemand. Peu à peu, le CICR fournit des médicaments et des hôpitaux sont construits dans les camps. En 1943 de jeunes médecins, issus des écoles de santé militaire viennent renforcer ou remplacer les équipes en place. C’est ainsi que Marius Blanchard a retrouvé son frère Emmanuel, prisonnier depuis 1940 dans le même stalag.
L’armée allemande a besoin de toujours plus de soldats ; les autorités proposent en 1943, aux prisonniers de devenir des « travailleurs libres », c’est-à-dire de quitter les Stalags et les Kommandos pour travailler et loger directement dans les fermes et les entreprises. 300 000 sont espérés, 200 000 acceptent. Les gardiens des camps ainsi libérés partent pour le front russe.
A partir de 1944, les conditions de vie des prisonniers se détériorent comme celles de la population civile qui les entoure. Les gardiens sont plus brutaux, les coups commencent à pleuvoir, les conditions de travail sont plus dures (70h de travail par semaine, un repos toutes les trois semaines), comme pour les travailleurs allemands.
En fonction de leur emplacement, les camps sont libérés, soit par les armées de l’Ouest (les prisonniers sont rapidement rapatriés en France), soit par l’Armée Rouge (URSS) et ils doivent attendre ou faire un long détour par l’Est (Ukraine, Russie, Pologne) pour revoir le pays.
Le retour à une vie normale n’est pas toujours simple ; certains ont perdu leur travail, leur famille, leur maison et tous doivent reconstruire leur vie, reprendre contact avec leurs enfants, leurs épouses, retrouver leur place dans la société. Ils ont perdu la guerre en 1940 et ne l’ont pas gagné en 1945. La réadaptation est difficile mais ils sont en grande partie les artisans de ce qu’on appelle les trente glorieuses. Les amicales de prisonniers sont longtemps restées très vivantes et très actives. Dans l’île de Ré, une fois par an les PG se réunissent pour un banquet où plusieurs centaines de convives sont présents. La solidarité, qui leur a été indispensable dans les camps perdure. Tous les 5 ans, des pèlerinages à Lourdes, regroupant plusieurs dizaines de milliers d’hommes sont organisés. Croyants et non croyants s’y côtoient à l’occasion de retrouvailles émues . Les amicales des anciens des camps ont édité des journaux jusque dans les années 2000.
