Dans le tambour numéro 53 de Janvier 2002 René Brunet avait interrogé Henri Caillaud sur son parcours professionnel. Nous reproduisons ici un extrait de cette interview.

Quand je suis né, mon père était marin et, avant d’entrer à l’usine électrique, il était « chauffeur » à l’usine à sardines d’Ars où il était employé huit mois par an. Il faisait fonctionner la chaufferie de l’usine qui permettait d’obtenir l’huile bouillante dans laquelle on immergeait les sardines, mais aussi leur séchage et en fin de chaine, la stérilisation des boites. 

La sardinerie construite à la Grange a ouvert en + et le travail était intense puisque un trentaine de bateaux approvisionnaient l’usine dont deux plus spécifiquement travaillent pour la conserverie.

A l’époque la sardine se pêchait au large de la Grange : les bateaux partaient à 4  heures du matin et revenaient à 8 heures avec deux tonnes de sardines à . On posait alors  les sardines sur des grilles et on les mettait à sécher dehors lorsque le temps le permettait sinon on les installait à l’intérieur dans des séchoirs.

Le soir, on coupait la tête des sardines et on les plaçait dans des boites.

Mon travail consistait à mettre les couvercles sur les boites pour les passer à la sertisseuse.

Je sortais de l’école, j’avais 13 ans et je faisais ce travail en complément de mon apprentissage de ferblantier que j’effectuais chez le père Courcier. La plupart des ouvrières étaient des femmes de Bretagne qui étaient arrivées avec le responsables de la conserverie, monsieur Courtin, maire de Concarneau qui dirigeait plusieurs autres conserveries en Bretagne. Mais il y avait tellement de travail qu’il a fallu compléter avec du personnel local.

Des charriots qui servaient aussi au transport du vin et qu’on appelait les « quat’roues » (ou haquets) acheminaient les caisses de sardine de la Grange à la petite gare, sur le port, d’ù elles étaient expédiées par le train.

J’ai quitté la sardinerie à la fermeture en 1930.

Notes extraites de Ars notre beau village

  • En 1912, le conseil municipal d’Ars émet un vœu favorable à la reconstruction de la jetée de la Grange afin que les bateaux de pêcheurs puissent décharger plus facilement leurs sardines . cette jetée ne fut prête qu’en 1916. Elle devait par ailleurs produire un autre résultat celui de l’amoncellement du sable.
  • Pour l’expédition les caisses étaient transportées sur une longue charrette : c’est Edouard Neveur, roulier à Ars , qui véhiculait ces caisses de la Grange jusqu’à la gare.
  • Malheureusement , la sardine se détourna de nos rivages et l’usine ferma en 1930. Un seul pêcheur continua à pêcher la sardine au large des baleines, Prosper Trocmé qui abandonna cette activité en 1955( son fils Jean Prosper, ayant travaillé avec son père est donc le dernier sardinier d’Ars).
  • Parmi les deux bateaux travaillant plus spécifiquement pour l’usine, dont parle Henri Caillaud, notons l’Euréka de Benoni Ramigeard avec six matelots à bord.